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Douleur intime, Fatou Diomandé

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Posé sur ma table, j’ai toujours été attirée par la couverture de ce livre. De par son volume, j’ai conclu pouvoir le terminer en très peu de temps. Je n’avais pas tort, j’ai mis un peu moins de 2 heures à le parcourir. Ecrit par Fatou Diomandé, douleur Intime fait 104 pages, édité par Valesse, dans la collection Yenian.

L’histoire est celle de Myra, une jeune élève studieuse et consciencieuse. Elle est la grande sœur de Kevin tous deux enfants de Monsieur et Madame Botiga. La jeune fille est le genre consacrée entièrement à ses études. Elle mettait tout en œuvre pour décrocher l’examen qui lui ouvrirait les portes si convoitées des études supérieures.

Elle avait formé avec deux amis Chloé et Yaël une équipe pour réviser leurs différentes leçons. La vie de la famille Botiga va sombrer dans un déchirement inattendu lorsque l’un de leur enfant sera victime de viol. L’union qui est l’attitude la plus trivial en pareille circonstance ne sera pas celle des parents qui finiront par regretter amèrement leur rejet. Un premier drame qui dans un effet boule de neige finira par en entraîner plusieurs autres. De nombreuses vies s’en trouveront gâchées.

C’est avec frustration que j’ai refermé les pages de Douleur Intime. Et cela pour une raison. Les différents thèmes évoqués sont le viol, le SIDA, les grossesses indésirées en milieu scolaire. Les deux derniers cités ont déjà fait, et continuent de faire parler d’eux. Les conférences, les communications et les documentations sur la question en Côte d’ Ivoire sont légions. Une grande majorité des populations en a entendu parler et sait plus ou moins comment s’y prendre face à eux.

Voir aussi Ce qui m’impressionne dans un livre.

Par contre le viol continue de demeurer un grand tabou. Les auteurs sont certes punis mais de plus en plus, le phénomène prend des proportions révoltantes. Si les femmes étaient les plus exposées, aujourd’hui le phénomène s’est enlaidi encore plus. Les enfants et les bébés sont touchés. Les femmes qui ont le malheur d’être violées se voient très souvent accusées d’avoir été soit trop légères, peu vêtues, ou même provocantes. On entend même parfois « elle s’est faite violer ». On parle de d’absence de consentement pour qu’il y ait viol, la victime n’a pas pu s’offrir à son bourreau pour un “projet de viol”.

En plus de la honte que ressentent les victimes, la société ne fait rien pour qu’elles se sentent protégées ni même en confiance pour dénoncer les bourreaux. Pis, c’est souvent que les agresseurs sont connus, membres des familles de leurs proies. Avec les maximes du genre « le linge sale se lave en famille » ces derniers sont couverts, recommandant ainsi aux personnes violées de s’en remettre à « Dieu ». Autrement dit de s’enfermer dans leur douleur.

Alors devant l’ampleur des choses, j’aurais préféré que l’auteur parle un peu plus du viol qui à mon sens n’est pas très exploité dans le roman. C’est vraiment avec un grand pincement que je l’ai réalisé. Je crois réellement que ce roman est une occasion manquée de dire à une victime que ce n’est pas de sa faute. Que ce n’est à elle d’avoir honte et que surtout elle n’a rien fait pour subir cela.

Dans les dernières pages, on a la désagréable impression d’être poussé à la fin du livre tant l’histoire est accélérée.

Il y a cependant de belles leçons à tirer dans le livre surtout pour des élèves. D’autant plus que le roman est au programme scolaire des élèves du collège (en Côte d’Ivoire). Je voudrais aussi faire remarquer que pour un premier roman, il tient parfaitement la route. Je tiens à féliciter vivement l’éditeur pour la présentation du livre. Difficile de lui résister.

En première de couverture, on a une jeune femme dans une chambre, en pleurs. On se doute déjà du drame qui pourrait survenir, ou peut-être du mal être qu’elle doit ressentir. Le rouge dominant en rajoute au charme du livre. Au toucher il est tout lisse. Bref, c’est un charmant petit ouvrage.

Fatou Diomandé vit à Nantes, elle est éducatrice spécialisée.

2 Comments

  • BESSI KAMA Hidi Aurore
    14 mars 2020 at 09:36

    C’est un livre que j’ai acheté au Salon du livre Jeunesse à Cotonou. l’histoire m’a beaucoup touché tant elle m’a rappelé des choses et m’a fait voir encore plus le drame du viol. je me rappelle que j’ai pleuré toute la nuit après sa lecture. je me dit qu’il y a des jeunes filles qui vivent ces drames autour de nous Sans que nous n’en sachions rien.
    Je crois que l’auteur a voulu faire ressortir les problème réels des jeunes filles et de la manière dont la société les traite quand elles sont victimes de viol.
    Bref c’est un roman qui touche vraiment et qui peut aider aussi les filles à prendre conscience que les gens qui sont autour d’eux ne sont pas des saints et à sortir de leur naïveté si je peux le dire ainsi car l’héroïne croyait en son ami qui lui nourrissait plutôt des idées tordues envers elle.
    Bravo pour la critique. j’ai beaucoup aimé votre style.

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    • vanessa alabi
      8 avril 2020 at 12:20

      Merci beaucoup. Ton commentaire me fait plaisir. C’est dommage, vraiment, que les victimes se sentent honteuses et ne puissent pas toujours trouver réconfort et justice. mais plus, on en parle, en mieux les choses changeront.

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