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BOOOOKS / Littérature ivoirienne

La traversée, Philippe Di Nacera

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La traversée. De la pile de livres que j’ai reçus de Vallesse, ce n’était pas le plus attrayant, en apparence. Alors, je ne l’avais pas programmé dans ma pile à lire. Mais un jour, en fin de matinée, je l’ai pris. Et, la dernière fois que je le posais, c’était le lendemain après avoir refermé la dernière page. Agréable surprise.  

Avant de vous livrer mes impressions, permettez que je vous raconte La Traversée de Philippe Di Nacera. En 2020, alors que la Covid 19 règne en maître dans tous les pays, n’épargnant personne, ni vieux, ni enfant, monsieur Di Nacera, le père est atteint du virus. Rien de grave jusqu’à ce qu’on sache qu’il est octogénaire. Pour cette tranche d’âge, le virus est impitoyable et s’en sortir vivant relève du miracle.

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Hospitalisé en France, le corps médical se relaye à son chevet, avance en tâtonnant. On tente telle ou telle approche, évaluant minutieusement les risques, surtout on savoure les rares petites victoires. Dans la maladie, il y a une autre ombre au tableau, c’est l’absence de la famille et celle des proches. Satanées mesures sanitaires ! Une épouse seule d’un côté de la France, des fils en Afrique, et ailleurs sur le globe.

Une chance que la technologie vole au secours des cœurs brisés par la distance, en pareilles circonstances. Whatsapp, FaceTime sont les seuls fils reliant les Di Nacera. On essaie comme on peut d’exprimer son affection, de se remémorer les bons moments, de cacher son stress et ses larmes… Quelle épreuve ! L’espoir va et vient au rythme des appareils médicaux.

Dans les pires moments de la vie, on se souvient de là d’où l’on vient. De ces petits riens qui forment qui nous sommes aujourd’hui. Des lieux qu’ont foulés nos pieds, accompagnés des nôtres. Lorsqu’on voit venir la fin et qu’on peut s’y préparer, c’est une chance sur laquelle on ne crache pas. Même dans la douleur.

Et cette douleur ne saurait prendre le pas sur toute la douceur qui se dégage de La Traversée. Les frayeurs de la Covid 19 ont resserré des liens. Cette épreuve collective a révélé des quêtes identitaires personnelles, notamment pour Philippe Di Nacera. Recoller ces morceaux de soi éparpillés dans divers pays. L’Italie, l’Algérie chère à cette famille, la France et la Côte d’Ivoire. Il y a eu guérison, mais pas uniquement où on l’attendait.

Philippe Di Nacera nous livre un pan exceptionnel de sa personne. Son grand amour pour l’Algérie terre de ses ancêtres. Ses mots, d’une douceur inouïe vous étreignent. J’ai pu sentir l’attachement de l’auteur à cette belle terre.

Mais ! J’appartiens à un des pays qu’évoque Philippe Di Nacera dans La Traversée. Je lui en veux, et ne compte pas le cacher.

Philippe Di Nacera vit en Côte d’Ivoire. Ce pays, il l’évoque deux fois et de façon sommaire : une pour relater une anecdote péjorative ; il est question d’un service de dépistage qu’il attend en vain, alors, qu’il présente tous les symptômes de la Covid et qu’il y a visiblement urgence voir en image la page 60.

La seconde fois, c’est à la page 128 en évoquant son appartenance, il déclare « A Abidjan, je ne vis pas comme un étranger, c’est aussi ma ville. ». Il emploie l’adverbe « Aussi » comme on s’en servirait pour un choix par défaut.

Se mettre à nu comme le fait Philippe Di Nacera, c’est s’exposer au jugement. Littéralement. C’est aussi s’attirer la sympathie de plusieurs (de moi y compris). Bel exercice d’humilité. Au fil des pages, l’auteur nous confie ses émotions les plus vives, sans filtres.

Je conclus que notre identité est composée de nos origines, notre expérience et il n’est pas question de se sentir plus ceci ou plus cela. Impossible de dire en pourcentage notre appartenance à tel lieu ou tel autre. C’est en cela que nous sommes des êtres uniques, tous.

 

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