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L’homme qui voulait vivre sa vie, Douglas KENNEDY

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La découverte du livre se fait avec une couleur noire dominante en couverture, un appareil photo, des pieds masculins chaussés, un homme tenant une arme à feu. Le tout plante un décor dramatique. On pense déjà à homme avec une existence sombre qui finira par vivre un drame.

L’homme qui voulait vivre sa vie. Est-il parvenu à vivre ? Comment qualifie-t-il la vie qu’il voulait vivre ? A quel prix, voulait-il la vivre ? Douglas Kennedy nous donne les réponses au bout des 497 pages éditées par Pocket (1997), mais traduites de l’anglais par Belfond (1998).

Voir aussi Comment je parviens à lire un livre en une semaine ou moins.

C’est la page 13 qui ouvre l’histoire. L’homme qui voulait vivre sa vie est en fait Benjamin Bradfort, passionné de photographie, avocat à Wall Street. Marié, 2 garçons, une belle maison et des finances en bonne santé. C’est le tableau idéal pour un homme, en fin de trentaine vivant à New York. Or, Ben, comme l’appelle son entourage, se sent enfermé dans cette vie qu’il mène. Avec Beth, son épouse, la vie conjugale est insipide. Bien qu’ils se supportent mutuellement, Ben Bradford désespère de retrouver la Beth de leur début : pétillante, pleine de rêves et battante. Il est littéralement assommé lorsqu’après plusieurs soupçons, il découvre la liaison qu’entretient son épouse avec Gary Summers, un photographe prétentieux qui vit non loin d’eux. Dans un moment d’égarement, poussé à bout par un Gary Summers méprisant, il finit par commettre l’irréparable.

A ce moment, il réalise dans un rêve éveillé que son monde s’effondre. Bien qu’il ne chérît pas particulièrement son existence, ce qui l’attendait était de loin, pire : prison, divorce, solitude… Face à cette éventualité, Ben Bradford entreprend des actions qui vont bouleverser le cours de sa vie. Quand le succès tant attendu sourit enfin, un autre drame survient. Revirement à 360 degrés : retour à la case départ…

Traduit en 16 langues, ce thriller, 3ème publication de Douglas Kennedy, est adulé des critiques et du public. L’auteur y attribue à ses personnages quelques traits de sa propre vie. En effet, Ben Bradford est marié et père de deux enfants comme l’auteur. Et tout comme le personnage principal, Douglas Kennedy a longtemps attendu son heure de gloire. Après ses études, il devient régisseur à Broadway et écris des pièces de théâtre. La première est un échec, n’obtenant ni l’engouement attendu, ni aucune critique positive. Traduit en 16 langues, L’homme qui voulait vivre sa vie, est certainement le tout premier succès mondial de l’écrivain Américain. Ce n’est pas qu’un roman, c’est un script. C’est sans surprise donc qu’il se trouve adapté à l’écran par en 2010.

Le style plein d’humour à l’américaine de l’auteur réussit à nous arracher des petits rires. Ses phrases courent très fréquemment sur plusieurs lignes. Comme en témoigne la seconde phrase de la page 51, où l’auteur écrit « Il était tellement content que, après lui avoir annoncé ma décision de m’inscrire à la faculté de droit de New York University à la rentrée prochaine, je reçu de sa part un chèque de cinq milles dollars, accompagné d’un petit mot : ‘’Je suis fier de toi. Va, amuse-toi un peu avant de te retrousser les manches ! ». Six lignes.

Plus loin à la page 245, une plus longue : « Après avoir vérifié les heures et les amplitudes des marrées pour le dimanche et le lundi suivants, j’ai passé en revue la côte de l’estuaire de Long Island, suivant du doigt la ligne démantelée, ponctuée de ports et d’anses, avant l’arrêter sur ce que je cherchais, une petite langue de terre à l’Est de New London, le parc national de Harkness Memorial » huit lignes entières.

Même si elles exigent une seconde, parfois une troisième lecture pour être sûr d’avoir tout saisi, ces phrases n’en demeurent pas moins cohérentes.

La description et les portraits sont chez Douglas Kennedy, une marque déposée. Les informations sont livrées avec soin et grande subtilité au lecteur. « Voca kom papa… J’ai senti des larmes me venir. Non, petit tu ne voudrais quand même pas être avocat comme papa, hein ? » avant ce passage à la page 30, le lecteur ne savait rien sur la fonction de Ben Bradford.

Quand on entame la lecture, on est loin de se douter des péripéties que nous réserve l’histoire. Grâce à cette narration particulière, Il réussit à capter l’attention le long des 498 pages. Bien qu’on soit tenté de passer certaines pages, pour rapidement découvrir ce que le sort réserve à Ben Bradford, on se ressaisit vite. Quelle information subtile pourrions-nous manquer ?

Voir aussi L’homme qui voulait vivre sa vie.

Il parvient à solliciter chez ses lecteurs les mêmes sentiments que le personnage principal à l’instant T. Bien qu’il se rende coupable d’un crime et d’usurpation d’identité, Ben Bradford apparaît sympathique surtout grâce au courage dont il fait preuve et à sa capacité à rebondir même en face du pire.

Douglas Kennedy nous livre un personnage authentique, honnête dans les aspirations profondes de son être. Son regard sur son quotidien est nu et sans filtre. Le portrait qu’il dresse de son fils tranche avec le regard de tendresse que posent les parents sur leur enfant. « Alors qu’Adam a été un bébé de gravure de mode… Josh, lui, est une petite brutasse. Une tête trop grosse, un nez de boxeur et un tempérament de pit-bull. »

Plus loin dans, l’histoire, il est rongé par le désespoir lorsqu’il doit de séparer définitivement de ses enfants. Cette contradiction est l’un des traits particuliers qui donne au personnage principal son authenticité. Elle reflète fidèlement l’être humain dans toute sa complexité. L’autre se trouve dans la capacité qu’a Ben Bradford de s’adapter à tous les coups durs que lui donne la vie.

Les pages de ce thriller sont de véritables montagnes russes en termes de rebondissements. Quand c’est fini, eh bien, il y’en a encore. En témoignent les 3 parties du livre. L’une des plus grandes prouesses de l’auteur c’est sa capacité à susciter des questionnements. Une réflexion profonde sur les aspirations des Hommes. Cet ouvrage nous renvoie en pleine figure la question de l’identité de l’humain. Devrait-on suivre les aspirations profondes de notre âme ? à quel prix ?

Vanessa ALABI

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