Menu
BOOOOKS / COUPS DE COEUR

[Rwanda] Ce que murmurent les collines, Scholastique Mukasonga

Vues : 221

Si vous me suivez sur mes réseaux sociaux, vous savez que j’ai entrepris un challenge. Faire le tour de l’Afrique en littérature. Pour cela, je découvre les auteurs originaires de pays dont je ne connais pas la littérature. J’ai commencé ce périple au Rwanda avec Scholastique Mukasonga.

4ème de couverture

Le titre que j’ai choisi c’est Ce que murmurent les collines, sorti chez Gallimard en 2014. C’est un ensemble de six nouvelles entre fiction et réalité.

Pourquoi j’ai choisi ce livre ?

D’abord parce que c’est un recueil de nouvelles. Les nouvelles sont plus faciles à lire pour moi. Et vu que c’est une découverte – c’est la première fois que je lis l’auteure rwandaise – ce genre littéraire était l’idéal. Par ailleurs, Scholastique Mukasonga est sur ma short liste des auteurs africains que je comptais découvrir cette année (Il me reste encore quatre autres sur 6).

A propos du livre

Difficile de résumer ces nouvelles mais elles ont un fil conducteur. Les croyances et culture  du pays, le système socio-politique, la religion.

Les vaches et l’hydromel

Ce sont des marqueurs socio culturels rwandais par excellence. Les vaches sont symboles de richesse. Ceux qui la possède sauvent l’honneur de leur famille. Lorsque vous avez reçu la bête du souverain, il n’y a pas plus grande bénédiction. C’est encore aujourd’hui un moyen de sortir sa famille de la pauvreté. Quant à l’hydromel, cette boisson est le breuvage des souverains. Il est obtenu par un procédé de fermentation de miel.

accueil - site officiel de l'écrivaine rwandaise Scholastique Mukasonga - écrivaine rwandaise

Scholastique Mukasonga, écrivaine franco-rwandaise.

Les rejetés au destin radieux

Dans deux nouvelles (Le malheur et un pygmée à l’école), j’ai lu deux récits très inspirants. C’est souvent que certaines personnes déjà éprouvées par la vie sont mises à l’écart. Dans nos sociétés traditionnelles, on leur appose une étiquette de personnes maudites, et en faisons des parias. Alors, en plus de subir le malheur qui les frappe, ils apprennent à vivre et s’accommodent du mépris de leur semblable.

Le cas d’Anonciata. Cette femme perdu tous les enfants qu’elle a eus. On a très vite fait de l’isoler. En plus, les femmes de sa colline complotent pour la faire expulser. Les pourparlers à ce propos ressemblent des colloques destinés à trouver des solutions. Mais, cela vire aux commérages où chacune a sa version de l’origine des malheurs d’Anonciata. Finalement, lasse d’être la marginale attitrée de la colline, de vivre en sursis en attendant d’être chassée, la jeune femme part. Entre joie, satisfaction et regret, ces femmes découvriront plus tard le merveilleux destin qui attendait la rejetée. Elles réaliseront que finalement, ce n’est pas elle qui portait le malheur.

Lire aussi Du miel sous les galettes, Roukiata Ouédraogo

Il en est le même pour Cyprien le pygmée. A cause de son état, il ne peut côtoyer aucun enfant de son âge, ne peut se rendre dans aucun lieu public ni à l’école. Sur insistance des prêtres (dont l’influence était devenue naturelle), il est admis à l’école. Mais Cyprien ne doit échanger avec personne. Il n’a même pas droit aux simples manuels scolaires. Le plus déchirant c’est qu’après toute une année scolaire à être maltraité par enseignants et élèves, on lui ferme la porte des examens. Personne n’est préparé à cet étonnant destin qui est le sien des années plus tard. Ces deux nouvelles sont des miroirs tendus à ces traditions africaines qui choisissent la mise à l’écart lorsqu’une réalité échappe à leur compréhension. C’est une invitation à l’acceptation de nos différences et à la clémence face à l’inconnu.

Regard sur l’entrée du catholicisme au Rwanda

La religion Catholique au Rwanda s’est installée de façon irrespectueuse et obligatoire. Comme le raconte la nouvelle intitulée Le bois de la croix. Cette nouvelle est révoltante. Elle relate comment ces pseudo-missionnaires ont foulé aux pieds des piliers les tradition et spiritualité des Rwandais. Je n’en dirai pas plus et préfère vous donner à lire les passages sur l’image. (Regarder le paragraphe 3 de la page 54)

Comment une forêt qui était sacrée et protégée, qui assurait aux habitants la santé, a été détruite pour construire une croix et une bâtisse servant de lieu de culte à une religion étrangère. Quel sentiment peut-on avoir envers les missionnaires, leur croix et leur catéchisme si ce n’est mépris et irrespect. C’est d’autant plus honteux que les habitants y rendaient déjà un culte, tout en respectant la nature. Des missionnaires prêts à détruire l’œuvre d’un souverain et la création d’un dieu qu’ils prétendent adorer.

A la page 80, L’auteur fait référence à un manuel : Matin d’Afrique. Elle raconte avec subtilité et élégance qu’en portant le nom du continent, ce livre était plus occidental qu’autre chose. Cela me fait penser aux médias qui présentent notre continent avec des yeux étrangers tordant trop souvent le cou à la réalité.

Les “notes à l’endroit d’un lecteur curieux sont de véritables mines d’or. Des lumières qui permettent de démêler l’imaginaire du réel. Ce livre est un trésor, je lui prédit un futur de classique africain.

On réalise l’importance du livre comme instrument de savoir et d’orientation des consciences. Pour la énième fois, le savoir est une arme puissante d’acceptation de soi. C’est pourquoi j’ai un respect teinté d’admiration pour les écrivains africains et historiens résolus à restituer le patrimoine historique de notre histoire.

Conclusion

L’auteure est une as de la subtilité. C’est excellent comment elle relate le vécu sans trop en dire. Les suggestions qu’elle fait, les allusions, tout est maîtrisé. Lisez Ce que murmurent les collines, vous allez voyager. Foi de blogueuse.

2 Comments

  • Jean-Baptiste Kamabu
    26 juin 2021 at 10:38

    J’ai beaucoup été intéressé par ta recherche et je souhaite vous lire dans la suite de votre périple littéraire transafricaine.

    Reply
    • vanessa alabi
      27 juin 2021 at 12:51

      Merci Jean Baptiste. Restez connecté !

      Reply

Leave a Reply